Mes crises maniaques
- Bipolaire
- 27 janv. 2023
- 3 min de lecture
Il est plutôt simple de décrire une dépression, d’autant plus que la plupart des gens ont une idée de ce que c’est aujourd’hui, ce qui est bien. Par contre, une crise maniaque ??? Qu’est-ce que l’on ressent ? Ça c’est un peu plus compliqué. D’autant plus que je pense que cela dépend d’une personne à l’autre et que cela peut varier au cours de la maladie.
J’ai de vagues souvenirs de ma première crise maniaque et elle a été très angoissante. En ce qui me concerne, quand je suis en crise maniaque, au plus haut de la crise, je suis comme dans un autre monde, je ne suis plus dans la réalité. De plus, je suis très angoissée, en panique, alors que pour d’autres cela peut être très agréable. Je ne dors presque plus ou pas du tout, et malgré cela, j’ai mon cerveau qui marche à plein régime. En psychoéducation, on compare souvent une crise maniaque à la prise d’une grande quantité de cocaïne, autant vous dire que même si je n’ai jamais pris cette drogue, nous pouvons facilement imaginer que ça booste énormément le cerveau !
Au début des crises, ce qui est agréable dans mon cas, est que je suis très proche du beau, de l’art, de la musique, de la nature dans ce qu’elle fait de plus extraordinaire. En effet, un jour de début de crise, en promenade, j’ai pris un temps infini à prendre en photos des fleurs des champs que ma tante devait tenir selon mes instructions ! Autre exemple : en voyage à Strasbourg, je me suis extasiée pendant de longues minutes voire des dizaines de minutes devant la façade de la cathédrale. Je la trouvais tellement belle ! Ce côté-là des crises, je le trouve agréable et même intéressant. On est tellement abreuvé d’images et autres dans notre vie quotidienne que l’on ne s’arrête pas forcément sur la Beauté. Lors d’une discussion sur ce sujet avec une amie, elle a même soulevé l’idée que cet état en crise maniaque était peut-être plus dans la “normalité” que le reste des gens qui se croient normaux et pourtant blasé par tout ce qu’il voit ou lit ou écoute ? Sujet à débattre peut-être…
De plus, quand je suis en crise maniaque, je redeviens pratiquement bilingue en anglais. J’ai habité dans des pays anglophones et travaillé beaucoup en anglais mais je trouve que je me mets des barrières qui m'empêchent de me lâcher quand je parle en anglais. Barrières que je n’ai plus quand je suis en crise. En effet, en crise maniaque, j'ai tendance à être désinhibée.
De même pour l’écriture ! J’écrivais beaucoup à chaque hospitalisation sans me le permettre jusqu’à présent dans les phases de stabilité. Et oui, peut-être un reliquat de mon professeur de français en classes prépa HEC qui me disait que j’étais nulle !
Dans mon cas, chaque crise maniaque s’est traduite par une hospitalisation pour pouvoir en sortir, parfois même sous contraintes. J’ai été hospitalisée une vingtaine de fois, dans différents hôpitaux psychiatriques de la région de mes parents, à Paris en passant par le Canada et la Thaïlande. J’ai eu des difficultés à comprendre l’utilité de la mise en isolement : en effet, quand on est en crise maniaque, donc bien excité, les médecins peuvent nous mettre dans des “chambres” sans rien, sans couvertures, sans lit (juste un matelas), sans meubles… Aujourd’hui, je comprends certaines choses : en crise maniaque, il faut enlever toutes sortes de stimili et l’isolement au départ peut faire descendre les soupapes d’excitation.
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